Ashkidd sort le tant attendu « L’amour et la violence »

Ashkidd aka Poetic16 porte bien son nom. Le poète romantique du rap français originaire de Strasbourg, très discret depuis des années au niveau médiatique revient aujourd’hui, vendredi 29 janvier, pour nous livrer « L’amour et la Violence », premier véritable album de sa discographie dont il a produit la presque totalité des morceaux. L’âme solitaire avait déjà livré plusieurs projets comme « CRUISE » en 2015, « MILA 809 » en 2017 ou encore « STEREOTYPE » en 2018 qui comportent quelques pépites auditives comme l’iconique « MOTEL » ou le délicieux succès « LOLITA ». Grand loveur ou amoureux de la complexité, tiraillé entre ombre et lumière, entre l’amour et le quartier difficile où il a grandi, entre joie et peine, entre amour et violence, nous allons voir comment Ashkidd se confie dans son dernier album. La seule cover nous permet de rentrer directement dans l’univers du rappeur. Une simple photo du protagoniste, de son visage blessé, mais par quoi ? les hypothèses sont nombreuses : la vie, la rue, l’amour ? Seule une écoute de l’album permet d’élucider le mystère de cette cover simple mais qui renferme une multitude de secrets.

Un amour forcément violent ?

À la première écoute, les mélodies sont très chill et entrainante, c’est comme si Ash nous emmenait se balader sur une route teintée de ses réflexions sur l’amour et la vie. Le rappeur est une personne sensible et sa vie est imprégnée d’amour et tout ce que ce sentiment renferme : la déception, les rêves et la réalité, parfois très éloignés. Cela se ressent dans son album et premièrement dans sa Tracklist où il a séparé les morceaux avec un aspect plus « amour » des morceaux plus « violents » en les affichant avec une police différente. C’est ces deux thèmes qui rythment l’album du début à la fin. Ashkidd associe ces deux thèmes de manières récurrentes dans son album. En effet, il affirme dans de nombreux tracks sa sensibilité à ce sentiment qui le fait vivre mais qui le détruit également. Dans « TOI ET MOI » il rap « caresse moi doucement j’ai déjà le cœur fragile », dans « ATLANTIS » il demande « J’ai un p’tit cœur s’te plaît blesse-moi, blesse-moi ». Le Strasbourgeois semble vouloir de la souffrance au sein de son amour car c’est ce qu’il le fait vivre et lui permet de nous pondre un album aussi mélancolique que pleins d’espoir. C’est dès son intro « 9316 INTRO » qu’il affirme son besoin viscéral de souffrance et de ne pas soigner celle-ci. En effet, on peut entendre la réponse de Gainsbourg, à qui l’on dit de se faire soigner pour sa folie dire « c’est avec mes traumatismes et ma schizophrénie que j’arrive à m’exprimer ». Ash ne souhaite donc pas rentrer dans la normalité, souhaite conserver ses blessures et ses souffrances parce que ce sont elles qui lui permettent d’avancer, autant dans ses projets professionnels que dans ses relations amoureuses. Sa musique dégage une réelle solitude positive, nostalgique, sombre mais aussi pleine d’espoir. En effet, dans « STELAR », il nous donne encore la preuve d’un lien fusionnel entre l’amour et la violence « ta cette façon quand tu danses c’est criminel », comme si dans toute forme d’amour il voyait de la violence et vice-versa, dans toute forme de violence une sensibilité notoire.

Comment adoucir ses souffrances face à l’amour ?

Malgré sa souffrance expressive ressentie tout au long de l’album, Ashkidd nous dévoile également les manières qu’il utilise pour y faire face. Tout d’abord la drogue est une des façons dont il contourne le plus la souffrance amoureuse dont il est la victime, ou l’auteur. « Plein de drogue dans la matrice » (ATLANTIS), « Y’a ma drogue dans un tiroir » (POLO), « Et là, j’ai pris des drogues, j’monte et j’atterris » (NOVEMBRE) ou encore plus particulièrement le morceau « HALLUCINATION » qui fait référence entièrement aux bienfaits que lui procure la drogue, pour ne citer que ces passages. Ash semble percevoir la drogue comme un remède à la souffrance amoureuse mais paradoxalement, il semble également voir l’amour comme une addiction ce qui fait que les sentiments s’entremêlent, l’amour et la haine se mélange et se soulage de la même manière, comme si tout se confondait comme dans une « HALLUCINATION ». La vie d’artiste qu’il mène grâce au fruit de son travail lui permet également de s’évader et de se retrouver dans sa solitude qu’il apprécie tant. En effet il en parle un peu dans « DJ », « ARIZONA » et « POLO » et particulièrement dans le feat avec son idole, MC Solaar sur « ROUGE » mais sa réalité sombre et déchirante le rattrape toujours.

Une lettre à son ex ?

Ashkidd semble dédier l’album à une relation qui s’est mal terminée et cette trame nous suit pendant tout l’album. Tout au long de son œuvre, il parle à la première personne, comme sil s’adressait à quelqu’un qu’il l’aurait blessé en « le quittant sous la pluie » comme il l’affirme dans « ROUGE ». Des titres comme « UN JOUR ON S’OUBLIERA », « TOI ET MOI » ou encore « MISERABLE », adjectif par lequel il se décrit dans sa détresse amoureuse, sont comme des lettres à une femme qu’il l’a fait souffrir et a changé sa vision de l’amour et de la vie. « Qu’est ce qu’on ferait l’un sans l’autre » déplore-t-il sur « STELAR ».

Après écoute de l’album dont je n’ai pas pu traiter toutes les facettes tellement elles sont multiples comme la solitude que l’on observe tout au long de l’album ou les feats et l’alchimie parfaite qui en découlent, une évidence semble ressortir de l’album : la cover entremêlée à l’album montre que l’amour procure souffrances mentales et physiques mais que l’on peut en sortir par tout type de moyen différents et surtout que c’est la plus belles des choses qui existe. A première vue inondé de désespoir, l’album est en fait une sorte d’exutoire des souffrances amoureuses, rempli d’espoir et de messages positifs, poussant à aller vers l’avant, de faire de sa souffrance une énergie réelle et productive. L’album est disponible et il est évidemment très bon, AshKidd continue sur sa lancée et il ne faut pas rater ça !