Kozi, du rap des années 2000 à la drill : le vétéran qui n’a jamais quitté le terrain

Dans le rap français, certaines carrières se construisent à travers les albums, les certifications et les grandes périodes d’exposition médiatique. D’autres se lisent davantage dans les connexions.

Kozi appartient clairement à la seconde catégorie.

Depuis le début des années 2000, le rappeur franco-congolais a traversé plusieurs générations sans réellement disparaître du paysage. De Bana Kin à Bomayé Musik, de Youssoupha à Gradur, puis de Freeze Corleone à Olazermi, son parcours forme presque une ligne invisible reliant différentes époques du rap français.

Sa voix grave, ses expressions en lingala et son personnage de « Niama » ont constitué son identité. Mais derrière cette signature immédiatement reconnaissable se cache peut-être quelque chose de plus intéressant : une capacité rare à évoluer avec le rap sans chercher à courir derrière lui.

Avant Bomayé, une première génération du rap franco-congolais

De son vrai nom Zico Mpongo, Kozi commence à évoluer dans le rap au début des années 2000.

Originaire de la République démocratique du Congo et installé en région parisienne, notamment dans les Hauts-de-Seine, il rencontre Philo au début de cette période et apparaît dans l’environnement de plusieurs artistes qui deviendront ensuite importants dans le rap français.

Il participe notamment au collectif Bana Kin, aux côtés de Youssoupha, Philo, Mike Génie et Sinistre.

Cette aventure est particulièrement importante pour comprendre Kozi. Avant que les références au Congo, au Zaïre ou au lingala deviennent extrêmement visibles dans le rap français, cette génération développe déjà une identité située entre les deux espaces culturels.

Chez Kozi, cette appartenance ne sera jamais un simple élément biographique.

Elle entre directement dans la musique.

« Niama » : construire un personnage avant l’époque des réseaux sociaux

Kozi développe très tôt un élément que les artistes contemporains appelleraient probablement aujourd’hui du branding.

Le terme « Niama », omniprésent dans son univers, renvoie à cette dimension animale et instinctive du personnage. Sa voix extrêmement grave, son débit, ses ad-libs et l’utilisation régulière du lingala lui permettent d’être identifiable en quelques secondes.

Lorsqu’il rejoint Bomayé Musik en janvier 2011, cette identité est déjà largement constituée. Le label, lié notamment à Philo et à l’univers de Youssoupha, lui offre alors un cadre pour la développer davantage. (Booska-P)

Quelques mois plus tard arrive Niama Muluba.

Le projet pousse encore plus loin cette affirmation identitaire. Les titres utilisent notamment le lingala et le tshiluba, tandis que Kozi impose ce mélange de rap français, de références congolaises et d’imagerie street qui restera associé à son nom. (Talents2kin)

Kozi n’a jamais vraiment appartenu à une seule époque

C’est pourtant après cette période que son parcours devient particulièrement intéressant.

Beaucoup d’artistes identifiés à une génération éprouvent des difficultés lorsque les codes musicaux changent. Le rap français des années 2010 n’est plus celui du début des années 2000. La trap s’impose progressivement, puis viennent de nouvelles esthétiques, de nouveaux flows et, quelques années plus tard, la drill.

Kozi, lui, continue à circuler.

En 2015, il publie L’homme à abattre, un projet de seize morceaux qui rassemble notamment Seth Gueko, Fally Ipupa et Despo Rutti. Le disque lui permet de passer du rap dur à des morceaux plus ouverts, tout en maintenant son identité vocale. (MCE TV)

Mais ce sont surtout ses connexions avec les générations suivantes qui donnent aujourd’hui une autre lecture de sa carrière.

De Gradur à Freeze Corleone

Kozi fait partie des rappeurs qui ont croisé Gradur relativement tôt dans son parcours. Leur collaboration sera notamment matérialisée plus tard sur « La Street a Tout Gâché », publié en 2020.

Cette capacité à créer des ponts devient encore plus visible avec l’arrivée d’une génération marquée par la trap puis la drill.

En 2021, alors qu’il apparaît dans un freestyle pour Mixtape Madness, Kozi évolue déjà dans un environnement où l’on retrouve des artistes beaucoup plus jeunes. Il est notamment proche de Frenetik et s’intéresse à cette nouvelle scène sans abandonner les caractéristiques de son propre rap. (rapunchline.fr)

L’année suivante, il pousse cette logique encore plus loin avec « Trap Kongo », en collaboration avec Freeze Corleone.

Sur le papier, plusieurs générations se rencontrent : un rappeur présent depuis les années 2000 partage un morceau avec l’une des figures les plus importantes du rap underground devenu mainstream au tournant des années 2020.

Mais musicalement, la rencontre n’est finalement pas si improbable.

Kozi a toujours affectionné les productions sombres, les formules répétitives, les codes de la rue et une interprétation particulièrement froide. La drill lui offre simplement un nouvel environnement pour exploiter des caractéristiques déjà présentes dans son ADN artistique.

Vieillir dans le rap sans devenir un artiste nostalgique

C’est probablement ici que Kozi se distingue d’une partie de sa génération.

Il aurait pu construire tout son discours autour de la nostalgie des années 2000.

Il choisit plutôt de continuer à rapper avec ceux qui arrivent.

Cette différence est fondamentale.

Son histoire n’est pas seulement celle d’un vétéran qui continue à publier des morceaux. Elle raconte aussi la manière dont un artiste peut conserver ses codes tout en acceptant que le langage musical autour de lui se transforme.

Kozi ne rappe pas exactement comme un artiste apparu en 2025.

Il n’en a pas besoin.

Sa voix, son vocabulaire et ses références apportent précisément autre chose.

« Passe D » : vingt ans de carrière face à une nouvelle génération

Cette logique se retrouve particulièrement bien en 2025.

Kozi lance la série « Passe D » avec Olazermi, l’un des rappeurs issus de la nouvelle génération de Seine-Saint-Denis. Le premier morceau, « Passe D #1 », paraît le 7 février 2025.

L’association est symbolique.

Olazermi représente une scène façonnée par la trap, la drill et les nouvelles méthodes de consommation du rap. Kozi arrive avec plus de vingt ans de connexions, de projets et d’expériences derrière lui.

Pourtant, le morceau ne fonctionne pas comme une rencontre forcée entre « ancien » et « nouveau ».

Les deux univers disposent déjà d’un langage commun : rap de rue, noirceur, références franco-africaines et goût pour les productions directes.

Le titre est d’ailleurs publié sous NMG Production, la structure développée autour de Kozi. (Apple Music – Web Player)

De rappeur à passeur

C’est là que la trajectoire prend peut-être tout son sens.

Après plus de deux décennies passées dans le rap, Kozi ne cherche plus seulement à exister comme interprète. Avec NMG Production, il développe également une activité tournée vers la production, le développement artistique, l’édition et l’accompagnement de projets.

Le rappeur devient progressivement producteur et passeur.

Et le choix des collaborations récentes semble correspondre à cette évolution : plutôt que de rester enfermé dans son réseau historique, il continue de travailler avec des artistes appartenant à d’autres générations.

Cette position lui permet finalement d’occuper une place assez particulière dans le paysage.

Despo Rutti, vingt ans plus tard

Il n’abandonne pas pour autant les connexions historiques.

Le 10 décembre 2025, Kozi retrouve Despo Rutti sur « Gennady Golovkin », accompagné d’Anansi. (Apple Music – Web Player)

La collaboration possède là encore une dimension intéressante.

Despo Rutti apparaissait déjà sur L’homme à abattre dix ans auparavant, avec le morceau « Z4 ». En 2025, les deux artistes se retrouvent donc dans un paysage rap totalement transformé.

Entre-temps, le streaming a remplacé le téléchargement, TikTok est devenu un outil majeur de découverte musicale, la drill a bouleversé les productions et une nouvelle génération a pris possession des plateformes.

Kozi est toujours là.

Un chaînon discret de l’histoire du rap français

C’est peut-être finalement de cette manière qu’il faut regarder sa carrière.

Pas seulement à travers la question de savoir pourquoi Kozi n’a jamais atteint le niveau de notoriété de certains artistes qu’il a croisés.

Mais en observant tout ce qu’il relie.

Bana Kin.

Youssoupha.

Bomayé Musik.

La scène franco-congolaise.

Gradur.

La trap.

Freeze Corleone.

Olazermi.

Et désormais NMG Production.

En plus de vingt ans, Kozi a vu plusieurs générations du rap français se succéder sans perdre ce qui faisait son identité au départ : cette voix grave, le Congo, le lingala, l’attitude Niama et une certaine idée du rap de rue.

Certains artistes traversent une époque.

D’autres permettent de relier les époques entre elles.

Kozi appartient probablement à cette seconde catégorie.

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